Le projet européen ReHydro innove pour moderniser l'hydroélectricité

Comment améliorer la performance des centrales hydroélectriques tout en gérant mieux les sédiments et en prolongeant leur durée de vie ? C’est l’objectif du projet européen ReHydro, qui développe des solutions innovantes et reproductibles à l’échelle mondiale. Lors de la BlueArk Conférence de novembre dernier, Martin Seydoux, ingénieur mécanique chez Hydro Exploitation, a présenté les avancées de ce programme ambitieux, qui mise notamment sur le monitoring intelligent. Deux centrales valaisannes, Gougra et Electra-Massa, servent de démonstrateurs pour ces technologies d’avenir.

L’intervention de Martin Seydoux a permis de découvrir comment le projet ReHydro, transforme concrètement l’exploitation des centrales hydroélectriques grâce à des technologies de pointe.

Un projet aux multiples facettes

ReHydro, qui réunit 22 partenaires de sept pays européens, ne se limite pas à la gestion des sédiments. Le projet vise à moderniser l’ensemble des technologies liées à l’hydroélectricité en proposant un cadre d’aide à la décision complet. Parmi les innovations développées figurent une surveillance avancée de l’érosion par les sédiments, la création de jumeaux numériques pour la digitalisation des installations, l’hybridation grâce aux batteries, et même la gestion de la migration de certains poissons.

« L’idée est de proposer des solutions innovantes et reproductibles à l’échelle mondiale », explique Martin Seydoux. Le projet analyse également le cycle de vie des centrales hydroélectriques et leur impact sur la biodiversité, une dimension environnementale de plus en plus cruciale.

Deux démonstrateurs valaisans

Sur les six sites pilotes du projet ReHydro en Europe, deux se trouvent en Valais : les centrales de Gougra et d’Electra-Massa. Ces installations récemment rénovées servent de laboratoires grandeur nature pour tester les nouvelles technologies. La centrale de Gougra présente une particularité intéressante avec ses deux chutes différentes et deux retenues, offrant de multiples possibilités d’expérimentation. Ses trois turbines Pelton à Vissoie, construites en 1959 et fraîchement rénovées, constituent un terrain d’étude idéal.

La centrale de Bitsch pour Electra-Massa, alimentée par le barrage de Gebidem, complète ce dispositif de recherche. Les deux sites font l’objet d’études approfondies selon trois axes principaux : les sédiments, les vibrations et le rendement.

Comprendre et mesurer les sédiments

La question des sédiments est centrale dans la gestion des turbines hydroélectriques. Pour mieux comprendre leur impact, des systèmes de mesure sophistiqués ont été installés sur les vannes du barrage de Gebidem. Deux appareils permettent de mesurer en continu la turbidité de l’eau, sa densité et sa température. Des prélèvements manuels viennent compléter ces données automatiques pour déterminer le grammage de sédiments par litre d’eau.

« Ces mesures permettent de comprendre la quantité de sédiments qui vont passer par les centrales », précise l’ingénieur. Ces données sont ensuite croisées avec des analyses en laboratoire pour déterminer le type, la quantité et la capacité d’abrasion des sédiments.

Vers la maintenance prédictive

L’innovation majeure réside dans la corrélation établie entre la performance des machines dans le temps et le nombre de sédiments traversant les turbines. Cette approche ouvre la voie à la maintenance prédictive, permettant d’anticiper les interventions nécessaires avant que les problèmes ne surviennent.

Pour y parvenir, une méthode de mesure thermodynamique a été mise en place, combinant la mesure de pression, le débit par ultrasons et divers capteurs. « Cela permet de quantifier le rendement à la seconde », souligne Martin Seydoux. Ce système fournit des données sur le rendement en fonction du taux de sédiments, permettant une analyse fine de la performance des installations.

Écouter les vibrations des machines

Le troisième axe de recherche concerne les vibrations. « Le but est de mesurer la réponse vibratoire des groupes, qui permet de dire quel est l’état d’usure de la machine », explique l’ingénieur. Cette surveillance continue offre une vision précise de l’état des turbines et permet d’anticiper leur dégradation.

Simulation numérique et mesures sur site sont combinées pour comprendre ce qui se passe à l’intérieur des centrales. Cette approche globale, qui croise données physiques et modélisation, représente une avancée significative dans l’exploitation des centrales hydroélectriques.

Un projet en pleine analyse

Les données sont désormais collectées en continu sur les deux sites valaisans, mais aussi sur les autres démonstrateurs du projet. La phase d’analyse est en cours et devrait permettre de valider les technologies développées dans le cadre de ReHydro. Si les résultats sont concluants, ces innovations pourront être déployées à plus grande échelle, contribuant à optimiser la production hydroélectrique tout en préservant les installations et l’environnement.

Informations complémentaires

Propos recueillis le 12 novembre 2025 lors de la BlueArk Conférence

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