Traitement des eaux usées en Valais : des progrès, mais des défis persistent

Le canton du Valais compte 60 stations d’épuration (STEP) qui traitent quotidiennement 210’000 m³ d’eaux usées, consommant 130’000 kWh d’énergie. Si les résultats sont satisfaisants pour le phosphore et la charge en DCO, le traitement de l’azote reste problématique et les eaux claires parasites perturbent le fonctionnement des installations. Amaranta Santisteban, ingénieure au Service de l’Environnement du canton du Valais, a dressé un état des lieux lors de la BlueArk Conference de novembre dernier, évoquant également les pistes de valorisation énergétique des eaux usées.

Les stations d’épuration valaisannes visent une cible de 250 litres par équivalent habitant et par jour à traiter. Si l’objectif est globalement proche d’être atteint, une tendance inquiétante se dessine ces deux dernières années avec une remontée des volumes. « Peut-être en raison des pluies », avance l’ingénieure, qui pointe surtout le problème des eaux claires parasites.

« Il y a encore beaucoup trop d’eaux claires parasites qui perturbent le traitement », souligne Amaranta Santisteban. La cible fixée est de 30% maximum, mais la majorité des STEP dépasse largement ce seuil, ce qui grève les frais d’exploitation. Ces eaux parasites, qui s’infiltrent dans les réseaux d’assainissement, diluent les eaux usées et compliquent leur traitement tout en augmentant les coûts énergétiques.

L'azote, un traitement encore insuffisant

Si les résultats sont excellents pour la charge en DCO (quantité d’oxygène dissous qui doit être présente dans l’eau pour oxyder les matières organiques chimiques) et le phosphore, le traitement de l’azote laisse encore à désirer. Environ 80% de l’azote est traité globalement, un chiffre qui monte à 90-95% si l’on considère uniquement les STEP équipées pour la nitrification.

Le problème réside dans le fait que beaucoup de stations qui devraient nitrifier ne le font pas de manière optimale. Sur les STEP équipées pour ce traitement, seules six parviennent à tenir les normes. Face à ce constat, le canton envisage d’imposer la nitrification lors des extensions de STEP dès 1’000 équivalents habitants, ce qui concernerait 47 des 60 stations valaisannes.

La dénitrification, processus complémentaire permettant d’éliminer l’azote sous forme gazeuse, est actuellement mise en œuvre dans 22 des 60 STEP du canton.

Les micropolluants, le nouveau défi

Le traitement des micropolluants, ces substances chimiques présentes en faibles concentrations, mais potentiellement dangereuses pour l’environnement, reste encore marginal en Valais. « La seule équipée c’est celle d’Evionnaz », précise l’ingénieure. Toutefois, cinq projets sont en cours pour les STEP domestiques de plus de 24’000 équivalents habitants.

Certaines stations bénéficient d’une exemption temporaire, comme celle de Bagnes, où le rejet au niveau des cours d’eau ne dépasse pas les 10% du débit, seuil en dessous duquel l’équipement n’est pas encore obligatoire.

Valoriser les ressources : du biogaz au turbinage

Au-delà du traitement, la valorisation des eaux usées représente un enjeu énergétique important. Une vingtaine de STEP valaisannes sont déjà équipées pour la digestion des boues, processus qui permet de produire du biogaz. « Le but est d’équiper d’autres stations afin de produire du biogaz et être rentables », explique Amaranta Santisteban. Ce biogaz est ensuite valorisé soit en l’injectant dans le réseau de gaz naturel, soit, plus fréquemment, via une centrale de couplage chaleur-force (CCF).

Le turbinage des eaux traitées constitue une autre piste de valorisation, déjà exploitée dans quelques cas en Valais, notamment dans le Haut-Valais où les dénivelés le permettent.

Des projets tournés vers l'efficacité énergétique

Les nouveaux projets d’assainissement intègrent désormais une dimension énergétique forte. « Il faut identifier les flux énergétiques pour réutiliser au maximum les ressources et récupérer la chaleur des eaux usées ou des locaux », détaille l’ingénieure. L’amélioration de la digestion des boues figure également parmi les priorités, tout comme l’installation de panneaux photovoltaïques sur les infrastructures d’épuration.

La mise en place de sondes et d’installations moins énergivores permet également de réduire la consommation électrique des STEP, qui reste significative avec 130’000 kWh consommés quotidiennement à l’échelle cantonale.

Informations complémentaires

Propos recueillis le 12 novembre 2025 lors de la BlueArk Conférence

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