Comment Martigny a réduit de 90 % le recours à la chimie pour son eau potable

Depuis mars 2026, l’eau du réseau de Martigny n’est plus chlorée en continu, mais seulement une à deux fois par mois. Coralie Faveers, ingénieure projets eau chez Sinergy, a présenté la démarche lors d’une conférence organisée dans l’Espace Innothèque de la Foire du Valais, en octobre 2026. Les lampes UV assurent désormais l’essentiel de la désinfection, ce qui diminue de 85 à 90 % l’usage de produits chimiques.

Sinergy veut aller vers un mode de consommation plus durable. « Réduire la chimie, c’est finalement réduire les intrants », explique Coralie Faveers, c’est-à-dire les produits achetés, fabriqués puis transportés. Le projet permet aussi de diminuer les quantités résiduelles au robinet, de faire des économies et de limiter la manutention de produits qui peuvent être dangereux en gros volumes. « Il y a vraiment un engagement de durabilité dans ce projet », résume-t-elle.

Une eau de départ de qualité

A la base, le contexte de Martigny est favorable. Les sources viennent de la montagne, du Val de Champex. « L’hydrogéologie permet d’avoir une eau très douce, fraîche, et moins sensible à son environnement. » Le réseau est piloté automatiquement, avec des alarmes, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Il est aussi « sain et renouvelé », un point important pour limiter le biofilm, ce film de bactéries qui peut se former dans les conduites.

Trois étapes de validation

Le changement sur le réseau de Martigny s’est fait en trois étapes, débutées en août 2024. Chacune a été validée avec le Service de la consommation et des affaires vétérinaires (SCAV).

  • Vérification de l’efficacité des UV. Des échantillons ont été prélevés avant et après les lampes, sans chlore et sous différentes conditions météo. « La bonne nouvelle, c’est que les UV sont efficaces par rapport à nos critères de travail. »
  • Arrêt de la chloration, en mai 2025. Après sept jours de forte canicule, en août, une bactérie, Pseudomonas, a été détectée à Charrat, tout au bout du réseau. « Cette étape nous a fait comprendre qu’arrêter totalement la chloration n’était pas forcément possible. »
  • Définition d’une chloration périodique. Les tests ont montré qu’une injection de plus de 24 heures au réservoir du Pont-Neuf laisse du chlore résiduel jusqu’en bout de réseau. Une injection périodique a aussi été installée à Charrat, à une dizaine de kilomètres du point d’injection principal.

Le plan appliqué depuis mars 2026

La concentration de chlore, lors des injections périodiques est la même partout, à 60 microgrammes par litre. Seule la durée d’injection varie selon l’endroit du réseau. La fréquence dépend de la saison : « Une fois par mois en hiver, et deux fois par mois en été, pour gérer le risque lié à l’augmentation de la température de l’eau ».  Les horaires sont calés en fonction des pics de consommation, pour assurer une bonne circulation du chlore en tout point du réseau, déranger le moins possible les consommateurs et pouvoir réagir en cas de problème.

De leur côté, les lampes UV travaillent 100% du temps. Si elles tombent en panne, la chloration prend le relais et le réseau revient à l’ancien mode de traitement. Le nombre de prélèvements sur l’eau distribuée a aussi été augmenté, avec une recherche de Pseudomonas ajoutée au programme annuel. Le chlore a un effet rémanent : il continue d’agir pendant que l’eau circule. « Sur un vieux réseau, clairement, on n’abandonne pas la chloration. Or, personne n’a un réseau neuf à 100 % », rappelle Coralie Faavers.

Pour les habitants et les industriels de la région, l’eau est plus pure et les variations de goût se limitent aux injections périodiques. Pour les exploitants, la solution est efficace et réversible. « Nous avons voulu conserver nos installations, les adapter. Demain, si nous devions revenir en arrière, nous pourrions le faire », note la spécialiste de Sinergy.

INFORMATIONS PRATIQUES

Propos recueillis le 9 octobre 2026 à l’Espace Innothèque de la Foire du Valais

 

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